18 avril 2005

LE DOSSIER. VAE: début de régulation d'un marché émergent

Cercle RH - http://www.cerclerh.com/lundi 18 avril 2005 19:15
LE DOSSIER. VAE: début de régulation d'un marché émergent

Le marché ouvert par la validation des acquis de l'expérience est en voie de structuration. Alors que le nombre de dossiers de candidatures connaît une forte croissance, notamment dans l'Éducation nationale et au ministère de l'Emploi (L'AEF du 05/10/2004, 46636, et du 27/12/2004, 48968), chaque certificateur commence à évaluer le coût réel de cette démarche. Or, des différences importantes sont constatées d'un ministère à l'autre, en fonction des moyens mobilisés pour juger de l'expérience du candidat, mais aussi en fonction de l'organisme qui finance la démarche.

Le dossier concerne les titres et diplômes de plusieurs ministères et comprend:

I - Le coût de la VAE est plus élevé lorsque l'ingénierie mobilisée est complexe
II - Étude de cas n°1: l'AFPA veut rendre plus "lisibles" les coûts de la VAE d'ici juin 2005
III - Étude de cas n°2: le CNAM adopte une politique tarifaire différente selon ses centres régionaux
IV - Étude de cas n°3: le Fongecif Nord-Pas-de-Calais favorable à une montée en puissance des congés VAE, malgré des coûts très divers d'un certificateur à l'autre
V - Étude de cas n°4: les conseils régionaux, régulateurs des tarifs de la VAE
VI - L'avis des experts: Jean-Marie Filloque, président de la Conférence des directeurs de service universitaire de formation continue, et Martine Carette, vice-présidente de la Conférence en charge de la VAE


I- Le coût de la VAE est plus élevé lorsque l'ingénierie mobilisée est complexe

Quel est le coût réel de la démarche de validation des acquis de l'expérience? Le coût total intègre en général l'accompagnement du candidat pendant la construction de son argumentaire, les frais de validation par un jury (sur dossier ou en situation de travail), éventuellement le déplacement et l'hébergement du candidat et/ou des jurés. Dans ce cadre, des différences importantes de prix sont constatées d'un ministère certificateur à l'autre, notamment en fonction des moyens choisis pour juger de l'expérience du candidat. L'exemple des tarifs demandés par les certificateurs au Fongecif Nord-Pas-de-Calais (troisième étude de cas) illustre cette grande diversité dans la tarification. À l'intérieur d'un même organisme, les tarifs peuvent également varier d'une région à l'autre, comme au CNAM (deuxième étude de cas).

Plus l'ingénierie mobilisée est complexe, plus le coût est élevé. L'accompagnement, non obligatoire, mais unanimement jugé indispensable, constitue souvent la charge la plus lourde en terme financier. Mais le passage devant le jury entraîne aussi des coûts importants: la procédure de validation de l'AFPA mobilise des professionnels et une logistique parfois lourde (première étude de cas). Les tarifs varient aussi en fonction de l'organisme ou de la personne qui prend en charge le financement de la démarche. Un salarié qui entreprend une VAE en son nom propre ne paiera pas le même prix qu'une entreprise qui a intégré la démarche dans son plan de formation. Certains certificateurs modulent d'ailleurs leur offre en fonction du profil des candidats: ainsi en Picardie, l'Éducation nationale propose deux types d'accompagnement, pour les salariés et pour les demandeurs d'emploi (quatrième étude de cas).

MARCHÉ PEU TRANSPARENT

Le marché ouvert par la validation des acquis de l'expérience est encore peu transparent. Pourtant, les hésitations méthodologiques du début, qui ont vu certains certificateurs modifier leur approche du dossier, du jury, du référentiel, donc évoluer dans leur approche des coûts, devraient désormais faire partie du passé. "Quand le rodage a eu lieu, il devient possible de délivrer un diplôme dans des conditions beaucoup plus équitables et donc de se rapprocher de prix beaucoup plus justes", indique à L'AEF Vincent Merle, professeur au CNAM et directeur Général de l'institut MCVA (Management des compétences et de la validation des acquis).

La diversité des tarifs pratiqués pose la question de l'équité dans l'accès à la VAE. "La tendance n'est pas toujours de se rapprocher du coût réel", regrette Vincent Merle. "Certains organismes privés ont adopté une posture qui consiste à faire payer aux candidats à la VAE le même prix que les élèves en formation initiale. Posture aberrante qui nie le principe même de la VAE!" Ainsi, certaines grandes écoles envisagent de pratiquer des coûts proches de leurs tarifs en formation initiale: elles estiment, à l'image de Grenoble École de management, que "contrairement aux idées reçues, le coût d'une VAE est du même ordre que celui d'un parcours classique, même si le modèle économique est différent" (L'AEF du 21/09/2004, 46263).

Mais déjà des mécanismes de régulation se mettent en place; certains financeurs tentent d'obliger les certificateurs à lisser leurs tarifs, voire à les baisser. Une majorité des Fongecif refusent par exemple de prendre en charge l'intégralité du coût de la validation d'un titre AFPA, le jugeant trop élevé (L'AEF du 12/01/2005, 49312). Comme le souligne Martine Carette, vice-présidente de la Conférence des directeurs de service universitaire de formation continue, les conseils régionaux jouent aussi un rôle de régulateurs, en plafonnant leur aide (lire entretien ci-dessous).


II - Étude de cas n°1: l'AFPA veut rendre plus "lisibles" les coûts de la VAE d'ici juin 2005

L'AFPA n'a pas pour le moment de politique tarifaire homogène pour la VAE. "À la fin du premier semestre 2005, nous aurons une lisibilité d'ensemble", indique Patrick Bègue, directeur de la production. "Nous travaillons sur 285 titres professionnels. Les coûts peuvent être très différents selon les titres. Nous essayons de les clarifier en négociant avec nos clients." L'AFPA s'équipe actuellement d'un outil de simulation des coûts. Elle organise également l'ensemble de son offre pour la publier en ligne en mai 2005. "Une base de données sera disponible sur le site du ministère pour que le grand public et les professionnels puissent s'orienter dans l'offre de certification, par titre, lieu et date."

Actuellement, les prestations de validation des acquis de l'expérience sont facturées, pour un titre de l'AFPA, entre 700 et 1 000 euros, accompagnement compris. Un titre comporte en moyenne trois CCP (certificats de compétences professionnelles). En moyenne, dans cette enveloppe globale, 300 euros environ sont consacrés à l'accompagnement du candidat (analyse de l'expérience, rapprochement avec les référentiels, choix du parcours de validation, description de la mise en situation, pour une durée de huit heures). "Dans les textes de loi, l'accompagnement du candidat n'est pas obligatoire", rappelle Patrick Bègue. "Certaines entreprises ou certains OPCA nous demandent de prévoir un accompagnement, d'autres non."

COMPARAISONS DIFFICILES

"Il est difficile d'effectuer des comparaisons de coûts d'un ministère certificateur à l'autre", estime Patrick Bègue. Comme le souligne Jean-François Nallet, directeur exécutif de l'AFPA, "le ministère du Travail considère que c'est au pied du mur qu'on voit le maçon, et préfère reconstituer une situation professionnelle" (L'AEF du 01/03/2005, 50786). Le décret n°2002-1029 du 2 août 2002 relatif aux titres professionnels délivrés par le ministre chargé de l'Emploi précise: "Les évaluations peuvent être réalisées en situation de travail réelle ou reconstituée, ainsi qu'à l'aide de tout document susceptible d'établir que le candidat possède les compétences, aptitudes et connaissances requises. Un entretien avec le jury permet de s'assurer que le candidat maîtrise effectivement l'ensemble de ces compétences, aptitudes et connaissances."

"Les coûts de l'AFPA pour la VAE intègrent l'ensemble de la mise en œuvre de la démarche de validation, y compris la rémunération des enseignants ou l'occupation des locaux, tandis que d'autres ministères, comme l'Éducation nationale, ne facturent que l'accompagnement du candidat", reprend Patrick Bègue. De plus, à l'AFPA, la mise en situation de l'expérience professionnelle entraîne des coûts supplémentaires. "En général un plateau technique est préparé." La reconstitution d'un environnement de travail complet demande de disposer des outillages, des machines et des matières premières. Dans certains cas, par exemple sur le titre assistant de vie, le certificateur fait appel à des artistes, intermittents du spectacle, pour interpréter les rôles des personnes dont s'occupe le candidat (L'AEF du 12/01/2005, 49312).

INDEMNISATION DES JURÉS

Certains candidats doivent se déplacer dans une autre région, si les centres proches de chez eux ne dispensent pas le titre visé. Ce qui entraîne là encore des coûts supplémentaires. "Le problème du défraiement de la mobilité des candidats reste posé", remarque Patrick Bègue. "Il reste pour le moment à la charge du candidat ou, au coup par coup, de l'ANPE. Peut-être, avec la décentralisation, pourrait-il être pris en charge par le conseil régional?"

L'AFPA doit également prendre en charge le problème de la rémunération des jurys, constitués de professionnels. "Le système d'indemnisation des jurés pourrait être réformé par le ministère: en effet, l'indemnisation est assez modeste", estime Patrick Bègue. "Quand le juré est issu d'une grande entreprise, en général il est rémunéré par son employeur. Mais s'il est artisan ou salarié d'une PME, il n'est pas payé. L'indemnisation est loin de couvrir cette perte de salaire et la réalité des frais engagés pour le transport."

Estimant que les coûts de la validation demandés par l'AFPA sont trop élevés, la plupart des Fongecif refusent de prendre en charge, en dehors des frais d'accompagnement, les demandes formulées par les salariés (L'AEF du 12/01/2005, 49312). "La position des Fongecif semble évoluer", note cependant Patrick Bègue. "Les Fongecif financent l'accompagnement, mais refusent de prendre en charge l'acte de certification, qui est selon eux la prérogative de l'État. Certains Fongecif, comme en Basse-Normandie, ont fixé un forfait de 650 euros, adoptant un tarif de référence identique à celui de l'Éducation nationale. Nous allons trouver une solution d'optimisation pour éviter de faire payer le candidat."


III - Étude de cas n°2: le CNAM adopte une politique tarifaire différente selon ses centres régionaux

"Le coût de la VAE au CNAM est variable selon les centres et l'ampleur de la demande formulée par le candidat", indique à L'AEF Marie-Odile Paulet, responsable de la VAE au niveau national. "Les centres régionaux (les ARCNAM) ont un statut d'association qui leur permet de déterminer leurs propres tarifs VAE et formation." Un plafond national a été déterminé pour couvrir les coûts directs de la VAE: les centres régionaux ne pouvaient pas facturer au-delà de 1 000 euros en 2004, seuil relevé à 1 100 euros en 2005. Ce tarif maximal est valable pour les candidats individuels comme pour les entreprises.

Le coût d'une VAE au CNAM se décompose généralement ainsi, notamment à Paris: un droit d'inscription annuel de 285 euros, gratuit pour les demandeurs d'emplois; un droit d'ouverture du dossier compris entre 250 et 350 euros selon les centres; un droit d'examen (au moment du dépôt du dossier) de 125 euros; un droit par moitié d'unité de valeur demandée de 15 euros, sachant qu'une validation totale correspond à douze ou quatorze demi-UV; un droit pour le jury d'entretien (obligatoire si la demande concerne un diplôme complet) de 100 euros. "Seuls les coûts directs sont facturés", affirme Marie-Odile Paulet. Ne sont donc pas pris en compte les coûts généraux: salaires des conseillers et enseignants engagés dans la démarche, locaux, matériel informatique, etc.

ENTRETIEN

"Le CNAM traite 13% des dossiers de VAE de l'enseignement supérieur", selon Marie-Odile Paulet. "Face à un nombre important de dossiers, nous avons essayé de trouver les modalités les plus simples pour les traiter." En cas de demande de validation partielle, le passage devant un jury n'est pas obligatoire, sauf si le candidat en fait expressément la demande (l'entretien est un droit inscrit dans la loi). En cas de validation totale, un jury est systématiquement convoqué.

Tout au long de ses démarches, le candidat est guidé par un conseiller VAE qui lui apporte un conseil méthodologique, et éventuellement par un enseignant qui l'oriente grâce à sa connaissance du diplôme visé. Avant l'entretien final, les pôles d'enseignement et de recherche du CNAM organisent des "mini-jurys d'entretien". Le candidat doit ensuite défendre son projet devant un jury, soit en présentant un dossier écrit soit en se produisant à l'oral.

"L'accompagnement comprend en général au moins quatre heures d'entretien en face-à-face", reprend Marie-Odile Paulet. Mais il peut aussi se réaliser entièrement par internet, pour les candidats éloignés d'un centre CNAM. La plate-forme VIATIC (validation individualisée des acquis par les technologies de l'information et de la communication) est accessible sur le site web www.cnam.fr/validation. Les outils proposés (information générale sur la VAE, exemples de validation et témoignages de candidats, suivi du dossier de candidature) permettent aux candidats de préparer leur dossier de validation en autonomie, tout en ayant la possibilité d'entrer en contact avec des conseillers VAE et des enseignants spécialement formés par le CNAM.

Le CNAM a traité 371 dossiers en 2003-2004. La moitié des dossiers présentés visent une délivrance totale de diplôme en 2003-2004, contre 29% en 2002-2003. 91% des dossiers débouchent sur une validation partielle ou totale.


IV - Étude de cas n°3: le Fongecif Nord-Pas-de-Calais favorable à une montée en puissance des congés VAE, malgré des coûts très divers d'un certificateur à l'autre

"Le congé VAE est un dispositif qu'il faut absolument développer", estime pour L'AEF Philippe Verraes, directeur du Fongecif Nord-Pas-de-Calais. "En effet, le coût d'une VAE est très inférieur à celui du CIF (congé individuel de formation), avec des objectifs comparables." L'organisme, qui est aussi point-relais conseil VAE, a pris le parti d'accepter la totalité des demandes de congés VAE (35 dossiers acceptés en 2003, 256 en 2004). Le congé VAE donne la possibilité au salarié de prendre un congé de 24 heures maximum pour préparer son dossier et se présenter devant un jury, pendant son temps de travail ou hors temps de travail, à condition de justifier de trois années d'activités dans le domaine concerné par la validation.

En 2004, le Fongecif Nord-Pas-de-Calais a consacré près de 205 000 euros au financement des démarches VAE, dont 182 700 euros pour l'accompagnement des candidats. Il prend parfois en charge les frais de déplacement et d'hébergement. Dans tous les cas, le salarié doit verser 15 euros pour boucler le dossier de financement.

APPROCHES MULTIPLES

"En 2004, le coût moyen de l'accompagnement en 2004 était de 728 euros", indique Philippe Verraes. Les tarifs facturés au Fongecif sont fixés par chaque certificateur. "Les politiques tarifaires sont très différentes. Tout dépend de la personne qui passe la VAE, salarié d'entreprise ou demandeur d'emploi, et du ministère qui engage la procédure de validation." Pour une heure de face-à-face en individuel, le Fongecif débourse 63 euros dans l'enseignement supérieur, 66 euros au CNAM, 70 euros dans l'Éducation nationale, 72 euros dans le réseau Agrimédia du ministère de l'Agriculture.

D'autres certificateurs ont opté pour une approche forfaitaire. Ainsi, le ministère de la Jeunesse et des Sports demande au Fongecif 250 euros pour huit heures d'accompagnement (quatre heures en collectif, quatre heures en individuel). Le tarif de l'AFPA est également de 250 euros, à quoi il faut ajouter le cas échéant 150 euros pour "la construction du parcours individuel de qualification". Cas particulier: l'accompagnement du candidat à une VAE pour le DEAVS (diplôme d'État d'auxiliaire de vie sociale) est pris en charge par des organismes agréés par la DRASS, pour des coûts et des durées très divers (de 700 euros à 897 euros, de 15h à 24h).

Enfin, le jury de validation n'a pas le même coût d'un certificateur à l'autre: il faut compter de 193 euros dans l'enseignement supérieur à 325 euros pour le CNAM. Le jury est gratuit dans l'Éducation nationale, au ministère de l'Agriculture, au ministère de la Jeunesse et des Sports, pour la DRASS.


V - Étude de cas n°4: les conseils régionaux, régulateurs des tarifs de la VAE

L'intervention des conseils régionaux provoque parfois une révision à la baisse des tarifs de la VAE. Ainsi, en Picardie, l'institution régionale finance l'accompagnement des demandeurs d'emploi à hauteur de 450 euros. "Nous avons réussi à obtenir de nos interlocuteurs un coût standardisé", indique à L'AEF Frédéric Fauvet, chargé de mission formation. "Tous se sont engagés à ne pas dépasser ce plafond de 450 euros. Certains d'ailleurs sont moins chers. Quelques organismes n'ont pas suivi: des problèmes de représentation régionale n'ont pas permis de faire avancer les négociations."

À Amiens, le DAVA (dispositif académique de validation des acquis) s'est ainsi adapté à ce financement régional, en proposant un accompagnement allégé pour les demandeurs d'emploi. Cette prestation dure 13 heures (5 heures en individuel, 8 heures en collectif) et coûte 450 euros. Alors que, pour les salariés, l'accompagnement dure 20 heures (12 heures en individuel, 8 heures en collectif) et est facturé 700 euros. "Malgré cette réduction horaire, les phases essentielles de la démarche d'accompagnement ont été préservées", indique à L'AEF Jean-Jacques Mangin, responsable technique du DAVA. L'accompagnement se décompose ainsi: deux heures collectives pour présenter la démarche VAE aux candidats, deux heures en face-à-face pour analyser l'expérience et aider à la formaliser, trois heures collectives d'atelier méthodologique, trois heures en face-à-face pour suivre le dossier du candidat, trois heures collectives de préparation à l'entretien.

GUICHET OU CHEQUIER

Le conseil régional de Picardie n'a pas voulu lancer d'appel d'offres pour cette prestation en 2004. Dès lors, sauf dans le cadre de l'AFPA, qui était déjà sous un régime d'appel d'offres, les demandeurs d'emploi doivent avancer l'argent et demander à être remboursés à la fin de leur parcours. Un système qui peut avoir un effet dissuasif et qui devrait être réformé prochainement. La Région Picardie réfléchit à l'installation de "guichets VAE" dans les points relais-conseils pour une gestion en face-à-face des demandes.

La majorité des conseils régionaux prennent désormais en charge les procédures de validation des acquis de l'expérience. Ainsi, l'Alsace, la Bourgogne, la Basse-Normandie, la Bretagne, le Centre, la Franche-Comté et l'Île-de-France financent-elles aussi une aide individuelle pour les demandeurs d'emploi, de 450 euros (Île-de-France) à 930 euros (Centre). Cette aide individuelle peut prendre la forme d'un "chéquier VAE", par exemple en Île-de-France (L'AEF du 24/09/2004, 46400). La Région Nord-Pas-de-Calais a choisi quant à elle de financer directement l'organisme certificateur, pour un montant de 745 euros, avec un nombre maximum de bénéficiaires demandeurs d'emploi défini dans la subvention.


VI - Avis d'experts: "On ne fait pas de bénéfices sur la VAE!"

Les tarifs demandés dans l'enseignement supérieur public pour la VAE sont très variables: Besançon demande 500 euros, tandis que Lyon-III exige 1 620 euros (120 euros pour la recevabilité du dossier, 900 pour l'accompagnement, et 600 pour le jury). La Conférence des directeurs de service universitaire de formation continue a réalisé une enquête en 2004, réactualisée en avril 2005, auprès des universités. Entretien croisé avec Jean-Marie Filloque, président de la Conférence, et Martine Carette, vice-présidente en charge de la VAE. La Conférence des directeurs de service universitaire de formation continue a réalisé une enquête en 2004, réactualisée en avril 2005, auprès des universités. Entretien croisé avec Jean-Marie Filloque, président de la Conférence, et Martine Carette, vice-présidente en charge de la VAE.

L'AEF: Pourquoi les tarifs sont-ils aussi hétérogènes d'une université à l'autre?

Martine Carette: Le coût est quasiment homogène partout, mais la tarification est différente!

Jean-Marie Filloque: En 2004, des écarts de tarification assez importants ont été constatés, qui ont suscité des interrogations chez les présidents d'université. Certains établissements pratiquent des tarifs tellement exorbitants, au-delà de 1 000 euros, qu'il faut se demander si ce n'est pas une façon de décourager les candidats.

Martine Carette: Pour 2005, nous constatons que les tarifs sont moins hétérogènes: huit universités sur dix se situent entre 600 et 900 euros. Amiens est la moins chère, à 450 euros. Toutes les universités parisiennes sont à 900 euros. Caen affiche un tarif à 1 000 euros, frais d'inscription compris. Cette régulation des tarifs peut s'expliquer par une prise en charge accrue par les Régions, les Fongecif et les OPCA.

Jean-Marie Filloque: De plus, une partie des universités a obtenu un cofinancement par le FSE, sur appel d'offre.

L'AEF: Quel est le coût moyen réel d'une VAE dans l'enseignement supérieur?

Martine Carette: L'estimation que j'ai effectuée donne une fourchette entre 1 500 et 2 000 euros, charges comprises. Mais le coût ne peut être fixé à la virgule. De plus, il faut déduire de cette somme la participation de l'État, dans le cadre du fonctionnement habituel des universités. Avec d'ailleurs un problème technique: ce sont les effectifs au 15 janvier qui déterminent la dotation de l'État. Or, les demandes de VAE sont traitées toute l'année. Ce qui signifie qu'une partie des candidats n'entrent pas dans les effectifs pris en compte par l'État.

L'AEF: Comment se décompose ce coût?

Martine Carette: Il faut calculer le coût réel à partir du temps passé: trente minutes pour l'accueil par le secrétariat et la première information; une heure pour un rendez-vous avec un conseiller qui vérifie la faisabilité du dossier; une heure d'information sur la démarche VAE; entre six et douze heures pour l'élaboration du dossier par le candidat; une heure et demie pour la contractualisation et l'inscription à l'université; un temps plus ou moins conséquent, difficile à évaluer, pour convoquer le jury; le temps du jury proprement dit, une heure et demie pour cinq jurés minimum; enfin, le suivi de la prescription en cas de délivrance partielle.

L'AEF: Quel est le coût de l'accompagnement?

Jean-Marie Filloque: Les conseillers de validation qui s'occupent de l'accompagnement sont en général des ingénieurs d'étude. Mais la facturation de leur service sera différente selon les statuts: si ce sont des contractuels, le coût sera répercuté sur la cellule VAE.

Martine Carette: L'accompagnement est une variable d'ajustement: prévoir des temps collectifs permet de faire baisser les coûts. De plus, la démarche VAE peut être très différente d'un individu à l'autre: cette diversité pourrait aussi permettre de moduler les coûts.

L'AEF: Le jury pèse-t-il lourd dans ce coût de la VAE?

Jean-Marie Filloque: L'acte de jury pour la VAE est un exercice différent d'un acte de jury habituel. Alors que dans un jury de fin d'année universitaire, les enseignants examinent les dossiers de cinquante personnes en trois heures, après les avoir observées en cours toute l'année, dans le cas de la VAE, les jurés passent une heure et demie pour une personne. Les universités ont pris en compte cet acte pédagogique spécifique dans le calcul de leurs coûts.

L'AEF: Une contrainte supplémentaire pour les universités est l'inscription obligatoire pour les candidats à la validation...

Martine Carette: Oui, les droits d'inscription varient de 173 euros à 473 euros, selon la nature du diplôme.

L'AEF: Peut-on espérer une harmonisation à terme?

Martine Carette: Dans le contexte actuel de régionalisation, il ne faut pas perdre de vue que les universités ne sont pas seules: nos partenaires influent beaucoup sur le paysage. Par exemple, dans le Nord-Pas-de-Calais, il y a eu une réflexion commune de la Région et de l'État. Les institutions ont établi leurs coûts, globalement à la même hauteur. Dès lors, le Conseil régional a décidé d'intervenir à hauteur de 745 euros pour les demandeurs d'emploi et de demander 15 euros aux candidats. Le Fongecif est parti exactement sur la même base. Pour les universités, ce tarif de 760 euros correspond à une base moyenne si on impute la participation de l'État.

L'AEF: La disparité des tarifs ne pose-t-elle pas la question du caractère égalitaire de la démarche?

Martine Carette: Le risque est de partir du financement disponible pour ajuster l'offre, alors que la logique de la VAE est de s'adapter aux besoins du candidat. Il faut faire en sorte qu'une personne puisse avoir une égalité de traitement sur le territoire, dans le respect de l'autonomie de chaque établissement.

Jean-Marie Filloque: Certaines universités prennent le parti de proposer un tarif particulier pour les personnes qui n'ont pas de prise en charge. Ainsi, à l'université de Bretagne occidentale, le tarif est alors limité à 100 euros. Mais c'est de plus en plus rare: aujourd'hui, la plupart des démarches VAE sont financées, notamment par les Régions.

L'AEF: Les universités peuvent-elles réaliser des bénéfices sur la VAE?

Martine Carette: On ne fait pas de bénéfices sur la VAE! En général, la VAE est confiée aux services de formation continue, qui sont dotés différemment en personnel en fonction de la politique de l'établissement, lui-même plus ou moins bien doté par l'État. La situation de la VAE est fortement liée à la situation de l'établissement.

L'AEF: Le coût de la VAE peut-il être un frein à son expansion?

Martine Carette: Les enveloppes actuelles suffisent aujourd'hui à satisfaire les demandes de VAE. Si ces demandes augmentent, si on intègre vraiment la VAE comme dispositif de formation tout au long de la vie, avec la possibilité de valider son expérience plusieurs fois dans sa carrière, il faudra revoir les financements. Mais nous n'avons pas encore suffisamment de recul pour évaluer le nombre des demandes dans les années à venir.

Jean-Marie Filloque: La VAE permet au candidat un gain de temps et d'argent considérable pour accéder à une certification reconnue. Les organismes financeurs l'ont, semble-t-il, bien compris et ce coût, parfaitement justifié, ne semble pas être un frein. Les freins sont plutôt ailleurs, dans les mentalités, tant à l'interne des organismes, y compris les universités, qu'à l'externe, y compris le public concerné. Les universités ont en général adopté une politique volontariste face à ce nouveau mode d'accès aux diplômes. Il faudra attendre quelques années pour en mesurer l'impact réel.

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